Milène Guermont

Portrait of Milène Guermont with a concrete PLANET

 

Milène Guermont utilise les signes d’un langage abstrait en extrayant de l’Autre un objet : le béton. Sous la forme d’un triptyque – écriture, image et voix pré enregistrées – diffusées en continu dans ses constructions, Milène Guermont propose une réponse plastique au sujet de notre monde contemporain, confronté au réel de la rencontre virtuelle, c’est-à-dire sans Autre. Entre contingence et déroulement de notre existence au XXI è, l’artiste parie sur la question du lien social comme celui qui ne cesse pas de s’écrire à partir d’une succession hasardeuse d’éléments qui donne à chacun une trajectoire de vie tout à fait singulière.

Traitement de l’objet regard

 

Milène Guermont en recréant le monde, émancipe le regard et le toucher. L’image et le senti ne tiennent plus en place du modèle. C’est là où l’art et la technique ne se dissocient pas, car la technique permet un surpassement de ce qui existe déjà. Inventeur fécond, Milène Guermont confronte la rupture moderne et post moderne par l’immatériel.

A la problématique de qu’est ce que la matière, le cosmos, la vie : elle y répond par l’éveil du sentiment, soit ici la tâche culturelle de l’art conçu comme éveil de la sensibilité déstabilisante en rupture avec le connu.

L’intranquillité

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Source: www.culturemobile.net

 

L’œuvre d’art ici est ici conçue par Milène Guermont comme une œuvre événement où l’implication charnelle du corps est conviée comme gage du vivant pris dans la contingence de l’unicité. L’artiste recréé une réalité qui n’est plus subordonnée à la mise en espace d’objets présents mais à l’interactivité produite par le visiteur qui fait œuvre lui aussi.

Ce qui engendre une perte de vision globale : les enjeux ne sont plus dans le plein, le vide, la présence, l’absence. La dissolution des oppositions rend manifeste des espaces de frange.

La perte de la lecture du lieu en accédant à un espace dont on ne sait rien et dont on ne connaît pas les correspondances aux espaces voisins peut désorienter, car il n’y a plus de frontières lisibles saisissables.

C’est le domaine de toutes les entrées, de toutes les sorties. L’espace n’est plus nommable, désigné, destiné. Du toucher d’une surface concrète à l’ouverture vers un espace inattendu, rendu aléatoire plonge le visiteur dans une certaine intranquillité.

Quand l’Autre disparaît

Milène Guermont interroge la question la pérennité du lien à l’autre pour l’homme du XXIème siècle partenaire avec le monde où l’Autre disparaît de plus en plus. Le rabattement sur le monde virtuel où ne se référer qu’à soi même sans Autre est une sorte de contact avec soi sans médiation, peut donner un temps l’illusion d’une réconciliation imaginaire. Mais voilà cette expérience autistique et mortifère de la jouissance débouche alors sur le seul affect qui ne trompe pas : l’angoisse et son corolaire la peur. C’est là où se loge le savoir y faire de l’artiste dans le traitement de l’inquiétante étrangeté.

Une invention

 

Si la technique offre des possibles, le matériau est pour Milène Guermont le concret et l’objet le vide. C’est là où l’artiste nous invite à promouvoir l’émotionnel comme évènement de la subjectivité où le sujet ne peut plus faire l’économie d’être un corps libidinal séparé de toute parole.

Consultable sur le web: http://www.mileneguermont.com/

Cet entretien a été diffusé sur www.radio-a.com.

Françoise Stark Mornington

Pour Le lisible dans l’illisible,  Avril 2012

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