MILENE GUERMONT

phares

Source : phares_concorde3_web

L’acte de montrer

 

L’image créée par l’artiste arrête le regard du spectateur par une écriture – trace de l’effet d’une langue – qui se fait mouvement, en mettant en scène l’effet de retour d’une langue originelle sur le corps parlant. Ici, l’art du frottage désigne le réel où l’acte d’interroger et de questionner, ne cesse pas de désigner l’apparition et la disparition de ce qui échappe au regard. C’est là, où l’artiste par son savoir-faire donne forme à ce qui ne s’efface pas, comme reste persistant d’un réel non dicible. A ce titre, l’œuvre d’art convoque l’œil du contemplateur, l’immobilise, en localisant un point irréductible. L’œuvre d’art comme champ de l’aperception, appréhende la schize entre la vision et le regard, soit ce qui échappe au regard, inquiétante étrangeté de ce qui est familier et pourtant si étranger.

 

L’acte de présentifier

 

L’œuvre d’art porte en elle-même un figement, celui de l’effet produit par la matière employée. Ici, elle s’oppose en cela au vivant. Le déploiement du béton transforme le vivant en objet, l’immobilise à jamais. Mais l’œuvre ne se réduit pas cependant à la matière. Son image surgit porteuse de formes nouvelles, comme témoin de la tension entre le vivant du corps et la matière immobilisée. Sa particularité est d’être avant tout une aventure collective à partager avec un public. C’est là où se joue son destin comme l’index de l’acte de présentifier.

 

L’acte de voir

 

L’œuvre d’art interroge le vivant comme substance jouissante prise dans la rencontre avec une expérience de traumatisme effrayante. Ici, le réel répond à l’exigence de monstration comme l’effet du malaise dans la civilisation. L’artiste – pris dans notre contemporanéité – oscille entre l’alternance de l’horreur – face à ce qui ne peut se nommer – et de son désir pris dans la dialectique de ses idéaux. La tentative de toucher au réel rencontré par l’acte de montrer le voir, s’immerge dans un ternaire entre l’artiste, l’œuvre et le spectateur, en créant alors l’effet de la rencontre avec une effraction du réel.

Interview référencée sur le site de Milène Guermont : www.mileneguermont.com

Françoise Stark Mornington

Le lisible dans l’illisible, Mai 2016