MICHAËL SORNE FREDERIC GRAMAZIO

SABINE STELLITTANO ©

Préambule

Le 20 septembre 2018, Le lisible dans l’illisible.com  réunissait un professionnel du soin psychiatrique et un médiateur culturel, pour nous parler des rapports de leur profession avec l’art, articulés avec leurs expériences respectives dans un lieu de soins du secteur de psychiatrie générale de la région parisienne,

Michaël Sorne est votre nom d’artiste. Vous êtes médecin psychiatre à la retraite et vous avez exercé sous votre nom patronymique Guyader. Vous êtes ancien chef de service du 8ème secteur général de l’Essonne et fondateur de l’association Les temps Mêlés et  du Café Curieux  à  Morsang s/Orge (91390).  

Frédéric Gramazio, vous êtes fondateur de l’Art Postal (Unafam 94), et Président  de l’association Les Temps Mêlés.



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Pour Michaël Sorne (M.S.), la question du soin psychiatrique  – éclairé par l’enseignement de Lacan entre autres, s’est articulée autour du mode exploré par Gisela Pankow à propos du travail sur le corps. Il s’est agi de donner accès à une forme d’expression et de création artistiques devenue possible,

__ comme autant de parcelles du corps retrouvées  et gagnées sur la psychose.

Au delà de la stigmatisation, une retrouvaille avec la cité s’est opérée lors de manifestations communes présentant les œuvres des patients, des professionnels et des personnes de la ville. Une nouvelle modalité du lien social s’est développée.

Pour Frédéric Gramazio  (F.G.) l’objectif est de développer l’accès à l’art et à la culture pour tous, de tisser un lien social avec les personnes en souffrances psychique et sociale, d’agir  avec l’institution psychiatrique et de dé-stigmatiser les bizarreries de comportement en lien avec la souffrance psychique. 

Le contexte de la rencontre étant défini, peut-on dire que le sujet dit psychotique a été sensible à cette offre, comment s’en est-il saisi ?

Qu’en ont appris les professionnels ?



Des accompagnateurs du parcours du sujet

D’une rencontre singulière à une relation de confiance  tricotée avec les professionnels, le sujet énonce :

__ moi aussi j’ai écrit un livre .

Un éducateur se saisit de cet énoncé et se fait accompagnateur du sujet en lui faisant l’offre suivante :

__ Je serai ta machine à écrire.

Une adaptation théâtrale intitulée : « le témoignage d’une machine à  écrire »  est proposée au Festival Désaliéner, le patient s’y rend contre toute attente.

Le patient n’a donc pas reculé, il était présent.

Cela interroge l’œuvre de l’art pour le sujet. Peut-on parler alors de création, d’invention, d’objet, d’œuvre ?



Le traitement  du réel

M.S. : Si l’œuvre de l’art fait fonction de suppléance[1] – face au défaut d’appui symbolique – pour le sujet, soit ici comme modalité de construction avec l’indicible, elle est également source d’enseignement pour le professionnel. Le sujet se saisissant de l’offre  proposée par une artiste peintre à laquelle – dans un premier temps – il ne pouvait pas répondre, Le patient désigne cependant

__ c’est ça ! 

en découvrant la représentation du tableau des époux Arnolfini. [2] , soit :

__ un homme qui est en même temps une femme [3],

faisant surgir l’empan signifiant  de l’image reine – pour reprendre J.A. Miller – indice de l’impact d’un signifiant sur le corps du sujet comme effet d’une auto-jouissance

__Cela a ouvert à une compréhension de son désastre subjectif, autrement dit par quoi le sujet était habité.

__A ce titre, l’accompagnement commence au moment où le professionnel se dit

__

pour accueillir et entendre la parole du sujet.

L’accompagnateur  – à ce titre – se présentant comme

__  éducateur en poésie,

s’offre comme professionnel habilité à prendre langue, il se fait partenaire du sujet.  

Mais que veut dire être là  pour le sujet ?

__ Là où le sujet n’est pas là, c’est une chance pour lui d’advenir.

A ce titre, le professionnel est un point d’appui pour le sujet. Le patient compte pour quelqu’un.



La parole comme acte symbolique

Si être accompagnateur c’est  prendre langue du sujet. il s’agit pour M.S. :

__ De ne pas être dans le semblant.

Si ce sujet là nous dit qu’il a écrit un livre. On donne acte de sa parole. On édite le livre.

__On ne peut pas faire cela tout le temps, bien sûr, mais Il s’agit de ne pas se défausser, faire le pas de côté pour permettre que la parole du sujet prenne consistance.

La parole du sujet a une valeur.

__Le jour où le sujet est rentré dans un foyer, il était en costume cravate pour recevoir l’infirmière.

il suffit juste de bouger les lignes. Il n’y a pas de livre de recette.
Cela définit un certain nombre de pistes.



Un acte de monstration

Si la pratique artistique permet une modalité de traitement de l’indicible et de ce qui  ne cesse pas de ne pas s’écrire pour le sujet, comme monstration de jouissance – pour reprendre J. Lacan –  comment l’œuvre de l’art se conjugue-t-elle du singulier au collectif ? Comment peut-elle favoriser le lien social, une place dans la cité ?

F G : __ça a changé le regard sur lui. Il n’avait  aucun espace social pour lui auparavant.  Personne ne lui adressait la parole dans la rue. Puis, Il y a eu 200 personnes lors de la représentation. Il est clair –cependant – que la rencontre avec un patient convoque également mon désir.

MS : __J’étais chef de service. J’étais donc dans une position de référence pour ce projet de service, c’est à dire  pour mettre en place les conditions pour accueillir au mieux la souffrance psychique de mes semblables. Ce n’est pas rien de consacrer sa vie professionnelle à cet acte là.
Il y a eu d’autres patients. La rencontre avec ces génies –  écrivains et professionnels  – comme ceux qui les ont accompagnés et qui ceux qui ont pu les entendre et accueillir leur parole :

de

__ Moi aussi j’ai écrit un livre.

à

__Je serai ta machine à écrire,

c’est d’une telle fulgurance !

C’est une très belle invention[4].

L’effet du discours dit marchand

Si la création est un acte d’écriture voire  de monstration, la pratique artistique semble avoir pour le sujet un effet de franchissement singulier de ce qui ne saurait se voir.

Si l’œuvre de l’art donne accès à une modalité de construction, voire de suppléance pour le sujet – face au défaut d’appui symbolique – serait-elle une façon de se faire un nom pour le sujet ou de créer un monde singulier en favorisant un traitement de la pulsion [5] ? 

Mais qu’en est-il  alors de la rencontre avec les effets du discours marchand ?

MS : __ Si un galeriste veut les vendre, j’en suis d’accord.

Mais le rapport avec cet aspect marchant de l’œuvre de l’art a cependant fait l’objet de débats. Un jour nous avions invité Roland Castro[6].  Au sortir de cet évènement,  Roland Castro a voulu acheter une œuvre d’art et il lui a été répondu que

__non.

Et cela m’a choqué

__C’est dommage !

C’était pourtant une façon de rentrer dans  le vrai monde où les architectes achètent des œuvres d’art pour mettre dans leurs immeubles.  

Pour ma part, j’ai acheté des  œuvres d’art et non en tant que production de patients mais en tant qu’œuvres d’art.

le lisible dans l’illisible : Peut-on alors parler – pour vous –  Michaël Sorne :

de l’art des fous, de l’art asilaire, voire de l’art brut ou outsider ?

__ C’est une construction subjective en lien avec le désir du professionnel et de son savoir-y-faire.

__Il y a de l’art, c’est tout !

__Le livre, à cet égard, ne prétend pas de l’avoir sorti de sa psychose mais cela lui a permis que sa psychose soit  moins dévastatrice au quotidien. De l’aspect sac de linge  lors de la première rencontre, il a été possible – grâce avec un  effort conjugué des professionnels et le talent du patient –  de gagner une parcelle sur la psychose.

.__Il s’agit d’ouvrir des perspectives, il y de l’art ou il y en a pas. Il y a des patients comme des artistes talentueux ou pas. Toute pratique artistique n’était-elle pas à sa manière – au delà de la sublimation freudienne –  comme une indicible jouissance qui peut vous toucher.

FG : _ Il s’agit de la construction d’un agencement qui permet au désir du patient de se frayer un chemin : des émissions radio aux défilés de mode pour des sujets qui sont empêchés voire handicapés. Nous n’avons pas cessé d’être embarqués dans des aventures singulières.

MS : _ Je repense à ce patient dont on me dit qu’

__Il  va très mal.

En effet, il était dévasté par le fait  qu’il se disait entendu de partout.

__ Je lui demandais, même ici, dans ce bureau ?

__Oui bien sûr, ici aussi, répondit-il.

La boucle s’est opérée autour d’un projet d’émissions de radio où ce sujet était entendu de tout le monde.

Pour résumer :

__ introduire la pratique artistique en institution de soins psychiatriques c’est accueillir, écouter et se laisser enseigner par le savoir singulier du sujet, articulé à son dire en lien avec l’acte collectif et la subjectivité du patient. [7]


Françoise Stark Mornington

Pour Le Lisible dans l’Illisible, le  20 décembre, 2018.


[1] communication personnelle , J. Lacan cité par : Dominique Wintrebert, (16 septembre 2016), in Possibilité d’une œuvre, 14 è colloque de l’Aspic- Association Scientifique Psychiatrique d’Interrogation Clinique, « Art, folie et création », Centre Hospitalier les Murets, (94510) La Queue en Brie.

[2] Jan van Eyck ,(1434)

[3] J-A Miller (30 avril 1995), « L’image reine », Le champ de l’objet,  Cause Freudienne 94, p.18 à p.28,  éd. Navarin Paris

[4] Communication personnelle

Jacqueline Schwarz-Guyader, mars 2006, Work in progress au CMP Les Mozards, avec Arimage et l’Envers de Paris, Horizon n° 40, Acte et responsabilité, p.19 à p. 21

[5] D. Wintrebert, ibid p.7

[6] architecte-urbaniste